Le contraste : définition

Le contraste est l’une des notions les plus importantes en matière de photographie. Elle indique la différence de densité entre les tons les plus clairs et ceux les plus foncés d’une image. Pour simplifier, une image très contrastée comportera presque que du blanc et du noir, alors qu’une image peu contrastée contiendra énormément de valeurs intermédiaires mais pas nécessairement de véritables noirs et blancs.

Le contraste lors de la prise de vues

Le contraste est tout d’abord fonction de la prise de vues.

Un ciel voilé induira une importante diffusion de la lumière, engendrant une image peu contrastée, comportant des ombres peu marquées donc beaucoup de tons moyens et un contraste limité.

A contrario, la scène photographiée peut présenter un fort contraste naturel.
Par exemple, un sujet à contre-jour découpant une ombre chinoise sur le fond sur-exposé ou bien encore une scène présentant des sujets à l’ombre en plein soleil de midi. L’exemple ultime de contraste excessif étant celui d’une prise de vues de portrait dans un paysage enneigé. Un écart trop important entre basses lumières (personnes) et hautes lumières (neige lumineuse) se révélera donc très vite problématique dès la prise de vues.

La dynamique de l’image

Pour bien comprendre la difficulté à photographier une scène présentant d’importants écarts de densité, il faut avoir à l’esprit que le support qui enregistrera l’image dispose d’une plage dynamique bien moins étendue que celle de l’œil humain. Par conséquent, il ne pourra restituer toutes les valeurs présentes au moment de la prise de vue. Voici quelques exemples courants :

  • Film inversible couleur (communément appelé « diapositive ») : 5 IL.
    L’inversible est le film qui respecte le plus fidèlement la colorimétrie -c’est pourquoi on l’a beaucoup utilisé pour la reproduction ou les photographies de nature- mais exige une parfaite exposition en raison de sa faible latitude de pose.
  • Capteur numérique : de 7 à 14 IL.
    Même si les capteurs des appareils ordinaires plafonnent encore souvent à 7 IL, la dynamique des capteurs numériques s’est considérablement accrue ces dernières années, et les réflex les plus performants restituent jusqu’à 13 voire 14 IL à 100 Iso. Dès que la sensibilité augmente, en revanche, la plage dynamique diminue -et le bruit numérique s’accroît dans les basses lumières.
  • Il est d’ailleurs intéressant de constater que les fabricants ont peu à peu abandonné la course aux mégapixels pour se concentrer davantage sur la dynamique de l’image, intimement liée à la taille des photosites et au traitement électronique du signal afin de contenir le bruit numérique.
  • Film négatif couleur : environ 6 diaphragmes.
    La colorimétrie est moins exacte qu’en inversible, mais la latitude de pose est sensiblement meilleure.
  • Film négatif noir et blanc : environ 10 diaphragmes.
    C’est de loin le support le plus tolérant. A l’inverse du numérique, on posera plutôt pour conserver des noirs détaillés, les blancs pouvant plus facilement être corrigés au tirage.
  • Œil humain : jusqu’à 20 diaphragmes.
    Le champion toutes catégories. Aucun support ne parvient, à ce jour, à produire une dynamique aussi étendue que celle que l’œil restitue.

Le fichier Raw pour faciliter le traitement du contraste

Il permet de modifier le contraste a posteriori. Il est possible de corriger un contraste excessif -ou insuffisant- grâce aux logiciels de développement tels que Adobe Lightroom, Photoshop, ou encore Aperture (uniquement sur Mac) pour ne citer que les plus courants. Nombre de débutants pensent qu’obtenir une prise de vue contrastée est une réussite. Il s’agit là d’une erreur à éviter à tout prix.

En effet, le photographe averti a pleinement conscience qu’une image parfaite dès la prise de vue est quasi-impossible. Seul le post-traitement permettra de magnifier l’image. Gérer correctement le contraste en fait partie.

Une photographie restituant beaucoup de tons moyens sera plus facile à développer car elle offre le plus grand nombre de valeurs. Tous les tons, sombres et clairs, y sont présents.

Et pour cela, le numérique ne diffère pas de l’argentique : là où le photographe recherche un négatif restituant un maximum de valeurs de gris pour mieux les filtrer ensuite au tirage, son homologue numérique privilégiera le fichier Raw qui offrira le plus de valeurs restituées par le capteur. Il pourra ainsi mieux le développer dans le logiciel ad hoc.

Contraster une image revient à la filtrer, donc supprimer une partie de ses informations.

Par définition, le blanc ne contient aucune information de couleur. Par conséquent, malgré la puissance des logiciels actuels de développement, il sera difficile -voire impossible- de restituer des hautes lumières « brûlées ». En revanche, des noirs légèrement « enterrés » pourront plus facilement être restitués avec un peu de travail au moment du développement. Malheureusement, cela se fera au prix d’un bruit un peu plus présent.

À noter que la fonction « Image / Tons foncés-Tons clairs » de Photoshop demeure un moyen facile de remonter les noirs et récupérer les blancs d’une photographie trop contrastée.

Contrairement à l’argentique où l’on a tendance à sous-exposer, le numérique nous oblige à obtenir une exposition la plus juste possible sous peine de perdre des informations dans les hautes lumières (surexposition) ou de faire monter le bruit dans les ombres (sous-exposition).

Optimiser le contraste : matériel et techniques

De manière générale, on comprend donc qu’une photographie peu contrastée sera facile à développer puisqu’il suffira de filtrer les tons moyens et privilégier les tons extrêmes pour augmenter son contraste.
En revanche, une scène trop contrastée sera délicate à corriger a posteriori car, au moment de déclencher, le photographe devra choisir entre poser pour les ombres ou pour les hautes lumières.

Il est donc primordial de tenter d’atténuer au maximum cet écart de luminance dès la prise de vue. Pour cela, différentes astuces peuvent être adoptées :

Les filtres

Deux types de filtres permettent de rééquilibrer les tons dès la prise de vue : le filtre dégradé gris et le filtre polarisant.

Le filtre dégradé gris

Il permettra de densifier la zone la plus claire du cadrage (par exemple un ciel trop lumineux) sans affecter l’autre partie de l’image. L’écart entre hautes et basses lumières est réduit, le contraste s’en trouve donc diminué.

Le filtre polarisant

Le filtre polarisant (de préférence circulaire), est destiné initialement à estomper les reflets, par exemple ceux d’une vitrine ou d’une surface d’eau). Mais il présente un autre intérêt : par l’élimination partielle de la lumière blanche « parasite », il diminue le contraste naturel de la scène photographiée, permettant ainsi au capteur (ou au film) d’enregistrer l’intégralité des tonalités présentes au moment de la prise de vue.

Pour plus de détails, je vous invite à consulter ma leçon sur les filtres.

Le fill-in au flash

Un sujet trop sombre (à contre-jour par exemple) pourra recevoir une lumière additionnelle grâce au flash. Voir la leçon sur le fill-in. Si la scène est statique, vous aurez la possibilité également d’utiliser des réflecteurs (ou éclairages) pour « déboucher » les ombres.

Le HDR

Le HDR (High Dynamic Range) ou plage dynamique étendue offre la possibilité, grâce au bracketing, de recréer une image à partir de plusieurs vues sur- et sous-exposées volontairement.

Le contraste lors du développement

De préférence à partir d’un fichier Raw, il permet également de rattraper de plus en plus facilement de forts contrastes de manière logicielle en post-traitement, en particulier dans Photoshop et Lightroom.

Quelle que soit la qualité de la prise de vues, le développement sera une étape primordiale pour rendre votre image encore plus réussie. Et le contraste est certainement le paramètre le plus spectaculaire pour y parvenir.

Trop de débutants pensent qu’être un bon photographe c’est obtenir un bon cliché dès la prise de vue, sans développement. La réalité est toute autre : il est extrêmement rare qu’un cliché soit vraiment bon dès la sortie du boitier.

L’histogramme : savoir lire ses valeurs

Il s’agit de l’un des outils les plus importants en développement photographique car il nous fournit une somme d’informations sur l’image qui doit nous permettre de paramétrer plus finement son contraste. De manière conventionnelle, les tons foncés se situent à gauche, les tons moyens au milieu et les hautes lumières à droite.

On apprendra donc à identifier différents types d’expositions :

Photo bien exposéeHistogramme sous-exposition

Image sous-exposée.
L’histogramme (regroupé vers la gauche) montre un excès de tons foncés et l’absence totale de tons clairs

Photo surexposéeHistogramme surexposition

Image sur-exposée.
L’histogramme (massé sur la droite) indique une absence de tons foncés et un excès de hautes lumières

Photo bien exposéeHistogramme bonne exposition

Image équilibrée.
Tous les tons sont présents en proportions presque égales sur toute la largeur de l’histogramme

L’histogramme nous permet aussi d’évaluer le contraste d’une image.

Contraste insuffisantHistogramme contraste insuffisant

Image peu contrastée.
Beaucoup de tons intermédiaires, mais absence de noirs et de blancs

Contraste excessifHistogramme contraste excessif

Image trop contrastée.
L’histogramme est creusé au centre, synonyme d’absence de tons moyens. Les extrêmes (basses et hautes lumières) sont écrêtés et trop présents 

L’histogramme est un outil souvent accessible directement sur votre boîtier si celui-ci est suffisamment perfectionné. Il permet de contrôler la bonne exposition dès la prise de vues. Il offre souvent une représentation en RVB, ce qui permet également -avec un peu d’expérience- de vérifier l’équilibre des couleurs, et donc la balance des blancs.

À l’instar du développement en général, le traitement du contraste est un outil essentiel d’interprétation de la photographie. Par conséquent, chaque photographe aura sa propre vision d’une même image, et ce sont autant de façons de la développer qui se feront jour.

Le contraste dans Photoshop CC

Le contraste dans Lightroom CC

On retiendra tout de même que, à moins de rechercher un effet particulier (hi-key ou low-key), une photographie sera équilibrée et agréable à l’œil quand elle parvient à restituer suffisamment de nuances dans les hautes et basse lumières pour ne paraître ni « bouchée » ni « brûlée ».


Les plus courageux d’entre vous pourront consulter l’excellent document Sensitométrie Noir/Blanc et couleurs de M. Jacques Verees (INSAS)